Le mot juste
Crétin vient-il vraiment de « chrétien » ?
La réponse
Selon le Trésor de la langue française, crétin vient bien de chrétien, par une forme des parlers de Suisse romande. Le mot désignait d’abord, sans moquerie, les malades atteints de crétinisme dans les vallées alpines. Le sens d’injure est venu ensuite.
- Le sens courant
- Personne stupide ; le mot est une injure. Ce crétin de réveil n’a pas sonné.
- Le sens premier
- Personne atteinte de crétinisme, retard de développement dû à un manque d’hormone thyroïdienne, autrefois endémique dans des vallées alpines. Les crétins du Valais.
Le piège
L’idée surprend : comment un mot qui veut dire « chrétien » finit-il en injure ? Le TLFi explique le passage par l’euphémisme. Le mot aurait d’abord signifié « malheureux », comme on dit « un pauvre homme ». Une autre explication, déjà rapportée par Littré, veut qu’on ait vu dans ces malades des innocents, de bons chrétiens. Les lexicographes rapprochent ce parcours de celui d’« innocent » ou de « benêt », qui vient de « benoît », « béni ».
L’autre surprise, c’est que le crétin est d’abord un malade, pas un sot. Le crétinisme est une maladie réelle, liée au manque d’iode, longtemps fréquente dans certaines vallées des Alpes. Les mots de la pitié s’usent vite, et l’euphémisme finit parfois par devenir l’insulte qu’il voulait éviter.
D’où ça vient
Le mot est d’abord régional : on le relève dans le pays de Vaud dès 1660. Il entre dans les textes savants en 1750, quand Timoléon de Maugiron lit à la Société royale de Lyon un mémoire sur les crétins du Valais. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert s’en inspire en 1754. Le sens de « personne stupide » figure dans le dictionnaire de l’Académie en 1835. L’étymologie retenue par le TLFi est le latin christianus, dont la finale -ianus aboutit à -in en francoprovençal.
Littré préférait une autre piste : l’allemand Kreidling, dérivé de Kreide, « craie », à cause du teint pâle des malades. Les étymologistes d’aujourd’hui, TLFi en tête, retiennent plutôt « chrétien », mais pour un mot de patois longtemps resté oral, la prudence reste de mise.
Pour s’en souvenir
Crétin, c’est « chrétien » dans la bouche d’un montagnard de Suisse romande : un mot de compassion avant d’être une injure.
En situation
- En 1750, Maugiron décrit les crétins du Valais devant la Société royale de Lyon. sens premier, médical
- Ce crétin de réveil n’a pas sonné. l’injure retombe souvent sur les objets
- Dans son message, il s’excusait d’avoir été un parfait crétin pendant la réunion.
- Le crétinisme a reculé grâce au sel enrichi en iode.
- Traiter son frère de crétin n’a jamais fait avancer un repas de famille.
Quiz
À vous de jouer
-
Question 1 sur 5
Selon le TLFi, « crétin » vient du latin ______.
Christianus, avec une finale -ianus devenue -in dans les parlers alpins.
-
Question 2 sur 5
Le mot est d’abord employé ______.
Pays de Vaud, Valais : c’est là que le crétinisme était endémique.
-
Question 3 sur 5
À l’origine, appeler un malade « crétin » relevait plutôt de ______.
Le mot aurait d’abord signifié « malheureux ».
-
Question 4 sur 5
« Benêt », qui a suivi un chemin comparable, vient de ______.
Le béni est devenu le niais. Les mots gentils ont la vie dure.
-
Question 5 sur 5
L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert consacre un article aux crétins en ______.
Elle s’appuie sur le mémoire de Maugiron, lu à Lyon en 1750.
0 sur 5
À lire aussi
- Qu’est-ce qu’un euphémisme ? L’euphémisme adoucit une réalité jugée pénible, brutale ou gênante en choisissant des mots plus doux : « il…
- Avant d’être laid, le vilain était un paysan Au Moyen Âge, un vilain est un paysan libre, habitant de la campagne et roturier.
- Fruste ou rustre : une médaille usée qui a mal tourné Fruste signifie d’abord « usé » : une médaille fruste a perdu son relief.
- Chez Racine, l’ennui n’avait rien d’un bâillement Dans la langue classique, l’ennui est une peine très vive, un tourment de l’âme, un désespoir.