Les fautes invisibles
S’avérer vrai, s’avérer faux : est-ce correct ?
La réponse
Avérer vient du latin verus, « vrai ». « S’avérer vrai » est donc un pléonasme et « s’avérer faux » une contradiction, que l’Académie française déconseille. Écrivez « se révéler faux » ; « s’avérer difficile », en revanche, est correct.
- Courant, mais discuté La rumeur s’est avérée fausse. Plus sûr à l’écrit soigné La rumeur s’est révélée fausse.
- Courant, mais discuté Son hypothèse s’est avérée exacte. Plus sûr à l’écrit soigné Son hypothèse s’est vérifiée.
Le piège
« S’avérer » est devenu un synonyme élégant de « se révéler ». On écrit « l’enquête s’est avérée difficile », et l’Académie elle-même n’y trouve rien à redire. Une fois ce sens installé, rien ne semble interdire « s’avérer faux ».
Le lien avec « vrai » est invisible. On l’entend dans « vérifier » ou « véridique », pas dans « avérer ». Le TLFi constate que l’usage courant impose de plus en plus « s’avérer faux », du moins dans une langue peu châtiée. En 1949, le grammairien Joseph Hanse écrivait qu’il hésiterait à dire « cette nouvelle s’avère vraie, inexacte ou peu probable ».
Pour un texte soigné, la question se règle vite : « se révéler », « se trouver » ou « apparaître » disent la même chose, sans obliger le verbe à déclarer qu’une vérité est fausse.
D’où ça vient
« Avérer » est emprunté au latin médiéval adverare, dérivé de verus, « vrai ». Au XIIe siècle, il signifie « réaliser, accomplir » ; vers 1260, « reconnaître pour vrai ». Des « faits avérés » sont des faits reconnus comme vrais.
La forme pronominale « s’avérer », « apparaître comme vrai », n’est relevée qu’en 1836. Le glissement vers « se révéler » a suivi, jusqu’à faire oublier la racine. Hanse y voyait une catachrèse, c’est-à-dire l’oubli du sens premier, et acceptait sans hésiter « ce produit s’avère excellent ».
Pour s’en souvenir
« Avérer » cache le vér de vérité. Pour dire faux, prenez se révéler ; pour dire vrai, se vérifier suffit.
En situation
- L’information s’est révélée fausse. plutôt que « s’est avérée fausse »
- Le trajet s’est avéré plus long que prévu. s’avérer suivi d’un adjectif neutre : admis
- Votre intuition s’est vérifiée : le client a signé. au bureau, plutôt que « s’est avérée juste »
- Le vol du vélo est un fait avéré : la police l’a constaté.
- Le raccourci conseillé par mon oncle s’est révélé désastreux.
Quiz
À vous de jouer
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Question 1 sur 5
La nouvelle s’est ______ fausse.
Se révéler faux : aucun conflit entre le verbe et l’adjectif.
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Question 2 sur 5
« Avérer » est formé sur le latin verus, qui signifie ______.
Verus, vrai : la racine de vérité et de vérifier.
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Question 3 sur 5
L’Académie accepte « l’enquête s’est avérée ______ ».
Difficile ne dit rien du vrai ou du faux : la phrase est correcte.
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Question 4 sur 5
Des « faits avérés » sont des faits ______.
C’est le sens premier du mot : reconnu pour vrai.
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Question 5 sur 5
« Cette hypothèse s’est avérée vraie » contient ______.
Vraie répète ce qu’avérer dit déjà. Litote apprécie l’enthousiasme, moins le doublon.
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