Le mot juste

Chez Molière, un enfant mièvre n’avait rien de fade

La réponse

Au sens premier, mièvre signifie « vif, espiègle, d’une gaieté malicieuse », surtout en parlant d’un enfant. Le sens courant, « d’une douceur affectée, fade, sans force », n’apparaît qu’au début du XIXe siècle.

Le sens courant
D’une douceur affectée, fade, sans force. Une chanson mièvre.
Le sens premier
Vif, espiègle, d’une gaieté malicieuse, en parlant d’un enfant. Un enfant mièvre et éveillé.

Le piège

Aujourd’hui, « mièvre » est une critique. On le dit d’une comédie romantique trop sucrée, d’une chanson qui fait rimer « toujours » avec « amour », d’un sourire de circonstance. Rien de plus éloigné de l’enfant turbulent qui grimpe aux arbres.

C’est pourtant cet enfant-là que désignait le mot. Dans Le Malade imaginaire (1673), Monsieur Diafoirus assure que son fils Thomas n’a « jamais été ce qu’on appelle mièvre et éveillé ». Il ne dit pas que l’enfant était fade, mais qu’il n’était pas vif, et il en fait même une qualité. Le lecteur moderne comprend l’inverse, et la réplique perd son sel.

Le glissement se comprend. La vivacité enfantine, quand elle se force, tourne à la minauderie, et la gentillesse à l’affectation. C’est ce second visage que le mot a gardé.

D’où ça vient

Le mot apparaît au milieu du XIIIe siècle sous la forme mievre, « léger, volage », puis en 1288 au sens de « vif et malicieux », dans Renart le Nouvel. En 1801, Louis-Sébastien Mercier l’applique à une œuvre d’art d’une affectation puérile, d’une gentillesse prétentieuse.

L’étymologie reste discutée. Le TLFi juge probable une origine scandinave, l’ancien nordique snæfr, « rapide, leste, agile », en rapprochant l’ancien français esmievre, « empressé », et le normand nièvre. Littré tenait l’origine pour inconnue, et Ménage proposait le latin nebulo, « polisson ».

Pour s’en souvenir

Le mièvre d’autrefois était un lutin espiègle ; en vieillissant, le mot s’est affadi. Si l’enfant du texte grimpe aux arbres, c’est le sens ancien.

En situation

Quiz

À vous de jouer

  1. Question 1 sur 5

    Au XVIIe siècle, un enfant mièvre était un enfant ______.

  2. Question 2 sur 5

    Aujourd’hui, une chanson mièvre est une chanson ______.

  3. Question 3 sur 5

    Selon son père, Thomas Diafoirus n’a jamais été mièvre : entendez qu’il n’était pas ______.

  4. Question 4 sur 5

    Le sens « fade, affecté » apparaît en ______.

  5. Question 5 sur 5

    L’origine de « mièvre » est ______.

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